Actrice, dramaturge, metteuse en scène, enseignante et désormais secrétaire générale du Syndicat national des acteurs de l’audiovisuel et du cinéma de Côte d’Ivoire (SYNAAC-CI), Eva Guéhi élargit progressivement son influence au-delà des écrans. Sacrée aux Sotigui Awards 2025 et appelée à présider le jury du FIFF Cotonou 2026, elle s’impose désormais comme l’une des voix qui portent les réflexions sur l’avenir du métier d’acteur en Côte d’Ivoire.
Eva Guéhi n’est plus seulement une comédienne recherchée pour ses performances au théâtre, au cinéma ou à la télévision. En 2026, son parcours prend une nouvelle dimension avec son entrée dans les instances professionnelles du secteur. Le 13 juin, elle est élue secrétaire générale du Syndicat national des acteurs de l’audiovisuel et du cinéma de Côte d’Ivoire (SYNAAC-CI), avec 67 voix sur 89. Le syndicat revendique aujourd’hui 535 membres.
Cette responsabilité intervient dans un contexte où les acteurs ivoiriens cherchent à mieux structurer leur profession. Dans un entretien accordé à Fraternité Matin en août 2026, Eva Guéhi explique que son mandat doit notamment contribuer à sortir les comédiens de l’informel, à favoriser leur accès aux cartes professionnelles et à la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), mais aussi à améliorer leurs conditions de travail.
Du cri d’alerte à l’action syndicale
Cette nouvelle fonction prolonge d’ailleurs des prises de position qu’elle avait déjà exprimées publiquement. En mars 2026, invitée sur NCI dans le contexte d’une controverse touchant des acteurs ivoiriens, Eva Guéhi avait appelé les professionnels à mieux connaître leurs droits et interpellé le Bureau ivoirien du droit d’auteur (BURIDA) sur la nécessité de renforcer l’information des interprètes. Elle avait également dénoncé les difficultés liées aux rémunérations et aux pratiques de certains producteurs.
Quelques mois plus tard, cette préoccupation se traduit par des démarches concrètes. Le SYNAAC-CI a rencontré le BURIDA le 29 août puis le 3 septembre 2026 afin de mieux informer les acteurs sur leurs droits et les mécanismes de gestion des droits voisins. Lors de cette seconde rencontre, Eva Guéhi a sollicité une nouvelle session de formation et de sensibilisation destinée aux professionnels du cinéma.
Le 23 juillet déjà, la nouvelle équipe du syndicat avait été reçue par la ministre ivoirienne de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck. Eva Guéhi y avait présenté les ambitions du SYNAAC-CI pour un secteur davantage organisé et compétitif.
Une artiste formée au théâtre
Avant d’occuper ces responsabilités, Eva Guéhi a construit son parcours sur les planches. De son nom complet Eve Sandrine Guéhi, elle découvre le théâtre en 2006 au sein de la troupe de son établissement scolaire. Après son baccalauréat, elle choisit de poursuivre sa formation dans le domaine artistique et intègre en 2011 l’Institut national supérieur des arts et de l’action culturelle (INSAAC). Elle y obtient une licence en théâtre puis un master en pratique théâtrale.
En 2013, elle rejoint la compagnie Dumanlé comme comédienne et danseuse. Son parcours de scène l’amène ensuite vers plusieurs productions et rendez-vous internationaux, dont le Marché des arts du spectacle africain (MASA), ainsi que des rencontres théâtrales au Bénin et en Égypte. Elle développe parallèlement une activité d’enseignement du théâtre et de la dramaturgie à l’INSAAC.
Cette double casquette d’artiste et de pédagogue constitue l’une des particularités de son parcours. Elle ne se contente pas d’interpréter les textes : elle écrit, met en scène et transmet également les techniques du métier.

Une dramaturge et metteuse en scène
Eva Guéhi s’est notamment illustrée avec La Toge des Insensés, œuvre dont elle est l’auteure, ainsi qu’avec plusieurs travaux de mise en scène. Son parcours théâtral comprend également Quand le Temps s’Arrête, Fuenteovejuna, Don Juan adapté aux réalités africaines et Les Bonnes de Jean Genet.
Son travail a été distingué à plusieurs reprises. En 2015, elle reçoit au Bénin trois récompenses consacrant respectivement la mise en scène, le spectacle et l’interprétation. En 2021, elle obtient également le trophée de la Lionne d’Or décerné par Tifmagazine. Son parcours est ensuite consacré en 2024 par le troisième Prix national d’excellence des arts vivants en Côte d’Ivoire.
De Desrances aux séries à succès
Son entrée dans le cinéma intervient en 2017 avec Desrances, le film de la réalisatrice burkinabè Apolline Traoré. Elle poursuit ensuite son parcours dans plusieurs productions, parmi lesquelles Les Trois Lascars, Marabout Chéri, Les Coups de la vie, Buzz et Footeuse de Troubles.
Elle se fait également remarquer dans Footeuse de Troubles, où elle interprète Amlan, personnage associé à une réplique devenue populaire. Mais c’est surtout avec la série Les Nounous que sa notoriété auprès du grand public franchit un nouveau cap.
Son interprétation dans cette production lui vaut le Sotigui Award 2025 de la meilleure interprétation féminine africaine dans une série TV. La récompense lui est remise à Ouagadougou en novembre 2025.
Une reconnaissance qui dépasse la Côte d’Ivoire
La consécration de 2025 ouvre rapidement sur de nouvelles responsabilités. La même année, Eva Guéhi est appelée à siéger au jury du FESPACO dans la catégorie séries et animation. En 2026, elle franchit un nouveau palier en devenant présidente du jury du Festival international des films de femmes de Cotonou (FIFF Cotonou).
La quatrième édition du FIFF Cotonou, organisée du 3 au 7 février 2026 autour du thème « Femmes, libérez votre créativité », lui confie également une master class consacrée à l’actorat. Le catalogue officiel du festival la présente comme une comédienne, metteuse en scène, dramaturge et pédagogue, titulaire d’un master de recherche en sciences des arts et de la culture, option théâtre.
À la clôture du festival, elle s’est exprimée sur les œuvres présentées et leur contribution à la représentation des expériences féminines dans le cinéma africain.
Égérie des Sotigui Awards 2026
Après avoir remporté le Sotigui Award 2025, Eva Guéhi devient en 2026 l’égérie de la 11e édition des Sotigui Awards, prévue du 11 au 14 novembre à Ouagadougou. Une nouvelle reconnaissance qui confirme la visibilité acquise par la comédienne sur la scène audiovisuelle africaine. Son parcours est ainsi en train de changer de nature. La reconnaissance artistique demeure, mais elle s’accompagne désormais d’une responsabilité professionnelle plus affirmée.
De l’interprétation à la défense du métier
À travers son mandat au SYNAAC-CI, Eva Guéhi se retrouve au cœur de questions qui dépassent son propre parcours : statut des acteurs, protection sociale, rémunération, contrats, droits voisins, professionnalisation et reconnaissance du métier.
Cette évolution apparaît cohérente avec le profil qu’elle a progressivement construit. Formée au théâtre, passée par la danse, la dramaturgie, la mise en scène, le cinéma et la télévision, puis l’enseignement, elle intervient désormais dans les espaces où se discutent aussi les conditions d’exercice de la profession.
Son parcours illustre ainsi une évolution de plus en plus visible dans les industries culturelles africaines : celle d’artistes qui ne se contentent plus d’occuper la scène ou les écrans, mais investissent également les champs de la formation, de la représentation professionnelle et de la structuration du secteur.
De la troupe scolaire d’Abobo aux plateaux de cinéma, des scènes théâtrales aux jurys de festivals, puis aux responsabilités syndicales, Eva Guéhi poursuit une trajectoire qui dépasse désormais le seul statut d’actrice. Elle joue, écrit, met en scène, enseigne et représente ses pairs. Une nouvelle étape qui pourrait peser dans la manière dont le métier d’acteur se structure en Côte d’Ivoire.






























