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Golshifteh Farahani : l’art de se réinventer loin de ses origines

La richesse du parcours de Golshifteh Farahani tient notamment à la variété des univers qu’elle traverse.

Le Rédacteur Culturel par Le Rédacteur Culturel
12 octobre 2026
en Portrait Éditorial
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Golshifteh Farahani : l’art de se réinventer loin de ses origines
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Actrice magnétique, musicienne et personnalité engagée, Golshifteh Farahani a fait de la diversité artistique sa signature. Partie d’Iran en 2008 après une expérience hollywoodienne qui a bouleversé son existence, elle s’est imposée dans le cinéma international sans renoncer à ses racines. Son parcours raconte autant une ascension artistique qu’une quête d’identité et de liberté.

Il y a des artistes dont le visage reste associé à un rôle. D’autres finissent par incarner un univers, une sensibilité, voire une époque. Golshifteh Farahani appartient à cette seconde catégorie. Son regard singulier, sa présence à l’écran et sa capacité à passer d’un cinéma intimiste aux grandes productions internationales ont progressivement fait d’elle une figure à part dans le paysage audiovisuel contemporain.

Née le 10 juillet 1983 à Téhéran, en Iran, l’actrice franco-iranienne possède un parcours qui échappe aux trajectoires conventionnelles. Elle a connu les plateaux de son pays natal avant de travailler avec des cinéastes européens et américains. Elle a interprété des femmes confrontées à la violence, à l’exil ou aux contradictions de leur époque, mais aussi des personnages évoluant dans des univers de fiction et d’action. À côté du cinéma, la musique occupe une place importante dans son expression artistique.

Chez elle, la célébrité ne raconte donc qu’une partie de l’histoire. Pour comprendre Golshifteh Farahani, il faut s’intéresser à ses choix, à ses ruptures et à cette volonté de ne jamais laisser une seule étiquette définir son identité.

Une enfant de Téhéran devenue actrice

Golshifteh Farahani grandit dans une famille d’artistes. Son père, Behzad Farahani, est acteur et metteur en scène. Elle découvre très tôt la musique et apprend le piano dès l’enfance. Cet environnement contribue à nourrir une sensibilité artistique qui s’exprimera aussi bien dans son travail d’interprétation que dans ses projets musicaux.

Elle entre dans le monde du cinéma alors qu’elle est encore adolescente. En 1998, elle joue dans Le Poirier, du réalisateur iranien Dariush Mehrjui. Cette première expérience marque le début d’un parcours qui va rapidement dépasser les frontières de l’industrie cinématographique iranienne.

Au fil des années, elle développe une présence remarquée dans des productions nationales. Son talent se confirme notamment avec À propos d’Elly, le film d’Asghar Farhadi, qui contribue à faire connaître une nouvelle génération de cinéastes et d’acteurs iraniens sur la scène internationale.

Ce premier chapitre de sa carrière est essentiel. Il montre une comédienne formée dans un environnement culturel précis, capable d’en maîtriser les nuances tout en construisant une personnalité artistique qui lui est propre.

Le rôle qui change tout

En 2008, Golshifteh Farahani rejoint la distribution de Mensonges d’État (Body of Lies), réalisé par Ridley Scott, avec Leonardo DiCaprio et Russell Crowe. Elle y interprète Aïcha, une infirmière jordanienne, dans un thriller d’espionnage situé au cœur des tensions géopolitiques du Moyen-Orient.

Cette participation constitue une étape importante : l’actrice accède à une production hollywoodienne de grande visibilité. Mais l’expérience s’accompagne de tensions avec les autorités iraniennes, notamment autour de sa participation au film et de son image publique.

Elle quitte l’Iran en 2008 et s’installe en France. Ce départ transforme profondément sa vie personnelle et professionnelle. Loin de sa famille et de son environnement d’origine, elle doit reconstruire ses repères et poursuivre son métier dans un nouvel espace culturel.

L’exil devient dès lors un élément central de son histoire, sans pour autant résumer toute sa carrière. Car Golshifteh Farahani ne se contente pas de raconter la rupture : elle continue à travailler, à expérimenter et à multiplier les collaborations.

Golsfiteh Farahani dans le rôle de Nick, tireur d’élite dans Extraction 1.

Une filmographie entre profondeur humaine et spectacle

Dans Syngué Sabour – Pierre de patience, adapté du roman d’Atiq Rahimi, elle incarne une femme dont la parole se libère dans une situation d’extrême vulnérabilité. Le film explore le silence, la domination et les blessures intimes. L’interprétation de l’actrice s’inscrit dans un récit où les mots deviennent un moyen de résistance.

Avec Paterson, de Jim Jarmusch, elle évolue dans un registre différent, celui d’un cinéma contemplatif attentif aux gestes ordinaires et à la poésie du quotidien. Ce changement de ton révèle une autre facette de son jeu, plus discrète et ancrée dans les relations humaines.

Elle rejoint ensuite Les Filles du soleil, d’Eva Husson, un film qui met en scène des combattantes kurdes confrontées à la guerre et à l’extrémisme. Là encore, l’histoire donne une place centrale aux femmes, à leur capacité de résistance et à leur volonté de reprendre le contrôle de leur destin.

Mais l’actrice ne s’enferme pas dans le cinéma d’auteur. Elle apparaît également dans Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar et devient un visage familier des amateurs de films d’action grâce à Tyler Rake et Tyler Rake 2, dans lesquels elle incarne Nik Khan aux côtés de Chris Hemsworth.

Cette capacité à passer d’un univers à l’autre témoigne d’une réelle polyvalence. Elle peut évoluer dans des récits intimistes, des drames politiques ou des productions à grand spectacle, sans que sa carrière perde sa cohérence. Son identité artistique se construit précisément dans cette circulation entre plusieurs formes de cinéma.

Lire Lolita à Téhéran, la littérature comme espace de résistance

Dans Lire Lolita à Téhéran, réalisé par Eran Riklis et adapté du récit d’Azar Nafisi, Golshifteh Farahani incarne une enseignante qui réunit secrètement plusieurs de ses étudiantes autour de la littérature, dans un contexte de restrictions des libertés.

Le film s’intéresse au pouvoir des livres et à leur capacité à ouvrir des espaces de réflexion lorsque la société limite l’expression individuelle. Les rencontres littéraires deviennent des moments où ces femmes peuvent confronter leurs idées, questionner leur condition et préserver leur imaginaire.

Le choix de cette œuvre résonne particulièrement avec le parcours de l’actrice. Sans confondre son histoire personnelle avec celle du personnage, le film rejoint des thèmes qui traversent son engagement public : l’autonomie des femmes, la liberté intellectuelle et le droit de penser autrement.

La culture apparaît ici comme davantage qu’un divertissement. Elle devient un lieu de dialogue, de résistance et de transmission. Cette dimension rejoint la vocation du Rédacteur Culturel : regarder les œuvres non seulement pour leur valeur esthétique, mais aussi pour les questions humaines et sociales qu’elles font émerger.

La musique, l’autre langage de Golshifteh Farahani

Réduire Golshifteh Farahani à son travail d’actrice serait passer à côté d’une dimension importante de son parcours. Le piano, découvert durant l’enfance, a durablement marqué son rapport à la création. La musique demeure un espace d’expression complémentaire au cinéma.

Cette pratique permet d’explorer d’autres émotions et d’autres rythmes, sans passer par la construction d’un personnage. Elle entretient également un lien avec ses origines culturelles, tout en ouvrant la porte à des rencontres et à des influences diverses.

Dans un parcours marqué par le déplacement géographique et la reconstruction identitaire, cette pluralité artistique prend un sens particulier. Le cinéma lui permet d’habiter des histoires différentes ; la musique lui offre une autre manière de faire entendre sa sensibilité.

Son cheminement rappelle qu’un artiste ne se résume pas à une discipline. Il peut se construire à travers plusieurs formes d’expression, chacune révélant une facette différente de sa personnalité.

Golsfiteh Farahani, formée au piano des l’enfance

Une voix publique qui dépasse le cinéma

Golshifteh Farahani est également connue pour ses prises de position sur la situation des femmes et les libertés en Iran. En septembre 2022, la mort de Mahsa Amini après son arrestation par la police des mœurs déclenche un vaste mouvement de contestation, porté notamment par le slogan « Femme, Vie, Liberté ».

Depuis l’étranger, l’actrice exprime sa solidarité avec les manifestants et dénonce les restrictions imposées à la population iranienne. Ses interventions publiques témoignent d’un attachement qui demeure fort à son pays natal, malgré les conditions qui l’ont conduite à le quitter.

En janvier 2026, elle prend également la parole dans une tribune publiée par Le Monde, revenant sur la violence politique, les traumatismes de son enfance et les aspirations de la société iranienne.

Cet engagement constitue une dimension importante de son image publique, mais il ne doit pas occulter son travail artistique. Golshifteh Farahani n’est pas seulement une personnalité engagée dont la carrière serait illustrée par des films. Elle est une comédienne dont les choix professionnels possèdent leur propre logique, même lorsque certaines œuvres rejoignent les préoccupations qu’elle exprime publiquement.

C’est précisément cette coexistence entre art et engagement qui rend son parcours intéressant : elle peut défendre des convictions tout en continuant à explorer des personnages qui ne se confondent pas nécessairement avec elle-même.

Alpha et la reconnaissance du cinéma international

En 2025, Golshifteh Farahani apparaît dans Alpha, de Julia Ducournau, présenté en compétition officielle au Festival de Cannes. Cette collaboration avec une réalisatrice connue pour son approche singulière du corps, de la transformation et des relations humaines confirme sa présence dans le cinéma d’auteur contemporain.

La même année, son parcours est également distingué au Festival de Locarno, où elle reçoit un Excellence Award. Cette reconnaissance souligne l’ampleur d’une carrière qui s’est construite à travers plusieurs industries et différentes traditions cinématographiques.

L’intérêt de cette trajectoire tient moins à l’accumulation des productions qu’à la capacité de l’actrice à ne pas se figer. Elle continue à explorer de nouveaux rôles, à travailler avec des cinéastes aux univers contrastés et à renouveler sa relation au public.

Son itinéraire démontre qu’une carrière internationale peut se construire sans effacer les origines de l’artiste. Au contraire, la pluralité des expériences devient une ressource, un moyen d’élargir les possibilités de création.

Une artiste entre plusieurs appartenances

Vivre loin de son pays natal ne signifie pas rompre avec lui. Pour Golshifteh Farahani, l’Iran demeure une composante essentielle de son histoire, de sa mémoire et de sa sensibilité. La France, où elle s’est installée après son départ, constitue quant à elle un espace de vie et de travail qui lui a permis de poursuivre sa carrière.

Entre ces deux univers, elle a construit une identité qui ne se laisse pas enfermer dans une définition unique. Elle est iranienne par son histoire et son héritage culturel, française par son parcours d’installation et de vie, internationale par les films auxquels elle participe et les publics qu’elle touche.

Cette pluralité est parfois présentée comme une difficulté, mais elle peut aussi devenir une force artistique. Elle donne accès à plusieurs imaginaires et permet de circuler entre différentes langues, sensibilités et traditions narratives.

Le parcours de Golshifteh Farahani invite ainsi à regarder l’exil autrement : non comme une expérience automatiquement libératrice, mais comme une rupture douloureuse à partir de laquelle une nouvelle existence peut se construire.

Golshifteh Farahani, une carrière qui reste ouverte

À plus de vingt-cinq ans de ses premiers pas au cinéma, Golshifteh Farahani poursuit une trajectoire qui mêle productions populaires, œuvres d’auteur, musique et engagement public. Elle n’a pas choisi entre la visibilité internationale et les histoires porteuses de questionnements sociaux. Elle évolue entre les deux, en fonction des projets et des possibilités de création.

Son histoire rappelle que la réussite artistique ne se mesure pas seulement à la notoriété ou au nombre de films tournés. Elle se mesure aussi à la capacité de préserver une voix personnelle, de renouveler ses choix et de continuer à créer malgré les ruptures.

Golshifteh Farahani a quitté l’Iran pour poursuivre sa vie et son métier dans d’autres conditions. Elle a dû reconstruire ses repères, mais elle n’a pas abandonné ce qui avait nourri sa vocation : la musique, le jeu, la curiosité artistique et le désir de raconter des histoires.

Sa singularité est peut-être là : avoir fait de la diversité de ses expériences une véritable identité artistique. Ni uniquement actrice iranienne en exil, ni simplement figure du cinéma international, elle demeure une créatrice en mouvement, dont le parcours continue d’interroger les liens entre culture, liberté et appartenance.

Billy Kolla

Mots-clés : Cinéma IranGolsfiteh FarahaniStar du Cinéma
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Le Rédacteur Culturel est un organe de presse fondé par Billy Kolla, Journaliste camerounais basé à Douala. Edité par Wing Media Monde, Le Rédacteur Culturel a pour mission de trouver où se cachent l’information culturel, et où se trouve le lecteur. La ligne d’édition ne va pas au de la culture, et l’actualité en temp réel traverse toutes les frontières.

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