Elle avait les cheveux verts, un tempérament assumé et un refrain devenu slogan : « Z-Tra peut ». Près d’une décennie après l’explosion de ce titre, l’artiste camerounaise revient avec une nouvelle identité et un projet annoncé sous le nom « Autrement ». Mais Z-Tra n’est plus seulement chanteuse. Entre mode et entrepreneuriat, elle construit également une carrière de femme d’affaires à Douala.
Dans la musique camerounaise, certaines carrières s’écrivent dans la continuité. D’autres connaissent des accélérations, des ruptures, des périodes de silence et des renaissances. Celle de Z-Tra appartient clairement à cette deuxième catégorie.
À ses débuts, l’artiste impose rapidement une image qui ne laisse pas indifférent. Cheveux verts, énergie débordante, textes directs et mélange de sonorités urbaines : Z-Tra devient progressivement l’une des figures féminines remarquées de la scène musicale camerounaise.
Née à Douala sous le nom de Tsapie Guekeuh Unisse, elle fait ses premiers pas en studio en 2009. Après plusieurs années de travail, elle revient au premier plan avec « Boom Boom Bay » et « Tamzaku », avant de connaître une véritable accélération avec « Z-Tra peut ».
« Z-Tra peut », plus qu’un tube
En 2016, « Z-Tra peut » change la dimension de sa carrière. Le morceau transforme une formule populaire en affirmation personnelle : celle d’une artiste qui revendique sa capacité à avancer malgré les obstacles. Le titre rencontre son public et lui ouvre notamment les portes des nominations aux Canal d’Or et aux Balafon Music Awards en 2016. Le personnage de la « poupée verte » est alors installé. Mais réduire Z-Tra à cette image serait passer à côté de l’essentiel.
Une musique qui refuse les frontières
Dancehall, afropop, afrobeat, R&B ou encore rap : son univers repose sur le mélange. L’artiste revendique une identité difficile à enfermer dans un genre unique. Cette liberté se retrouve également dans ses langues et ses références. Français et anglais se croisent dans ses morceaux, avec une coloration camerounaise assumée.
Sa discographie témoigne de cette volonté d’exploration, avec des titres comme « C’Komment », « Sometimes », « Sassayé », « Gigolo », « Kokoriko », « Bouche-B », « Donne-Donne » ou encore « Faux ».

Quand la musique devient aussi un espace de parole
Chez Z-Tra, la provocation n’est pas toujours gratuite. Plusieurs de ses morceaux cherchent à faire passer un message derrière l’apparente légèreté. « Tamzaku » aborde notamment la question des violences faites aux femmes, tandis que « C’Komment » interpelle sur certaines dérives sociales.
Avec « Bouche-B », l’artiste s’attaque par ailleurs à certains travers du show-business camerounais. Une manière, pour elle, de faire de la musique un espace d’expression mais aussi de confrontation avec les réalités de son environnement.
De la chanteuse à la femme d’affaires
Le parcours de Z-Tra ne se limite toutefois plus aux studios et aux scènes. À Douala, l’artiste s’est également construite une activité entrepreneuriale. Créatrice de mode et femme d’affaires, elle évolue dans l’univers du lifestyle et est également à la tête d’un lounge dans la capitale économique.
Cette diversification traduit une évolution importante de son positionnement. Comme de nombreux artistes qui cherchent à ne pas dépendre exclusivement des revenus de la musique, Z-Tra investit ainsi dans d’autres secteurs liés à son image, à la création et au divertissement.
La mode prolonge d’ailleurs naturellement l’univers visuel qu’elle a toujours cultivé. Son personnage artistique s’est construit autour d’une esthétique forte, assumée et facilement identifiable. Passer de l’image à la création constitue donc moins une rupture qu’une extension de son identité.
Son activité dans le secteur du divertissement lui permet également de rester au contact du public, même en dehors des scènes musicales.
Le silence n’a pas effacé Z-Tra
Après une période de visibilité plus irrégulière, l’artiste revient dans un paysage musical profondément transformé. La scène camerounaise a changé. De nouveaux visages se sont imposés, les plateformes numériques ont bouleversé les modes de diffusion et les réseaux sociaux sont devenus des instruments essentiels pour construire et maintenir une carrière. C’est dans cet environnement que Z-Tra entend écrire la suite de son histoire.
« Autrement », le pari d’une nouvelle Z-Tra
Le symbole est fort. Pour son retour annoncé en septembre 2026, Z-Tra mise sur un projet intitulé « Autrement ». Le choix du titre semble résumer sa nouvelle démarche : montrer une artiste différente, plus mature et désireuse de ne pas rester prisonnière de l’image qui l’a révélée.
De la célèbre « poupée verte », elle semble désormais vouloir présenter une autre facette de sa personnalité. Mais changer d’image ne signifie pas renier son passé. Au contraire, « Autrement » peut être perçu comme la continuité d’un parcours construit sur le refus des cases. Z-Tra a toujours mélangé les genres, les langues, les registres et les messages. Cette nouvelle étape apparaît comme une volonté de pousser davantage cette liberté.
Une deuxième vie artistique ?
Près de dix ans après « Z-Tra peut », la question n’est donc plus de savoir si Z-Tra peut. Elle l’a déjà démontré. La véritable interrogation est désormais de savoir ce qu’elle peut devenir dans une industrie musicale camerounaise qui n’est plus celle de ses débuts.
Son expérience constitue un atout. Elle connaît les projecteurs, le succès, les collaborations, les controverses, mais aussi les périodes de retrait. Elle connaît également les exigences d’une carrière artistique construite dans un environnement où la visibilité peut être aussi rapide que fragile.
Et cette fois, derrière les cheveux verts, les slogans, la mode et le personnage, c’est peut-être simplement l’artiste et la femme d’affaires que le public est invité à redécouvrir. Z-Tra peut encore surprendre. Reste maintenant à voir jusqu’où elle peut aller.
Billy Kolla


























