Dans le paysage en pleine mutation du cinéma ivoirien, certains parcours se construisent loin des sentiers balisés. Celui d’Evodie Yedidia Adadoh en fait partie. À 27 ans, l’artiste originaire de la Marahoué, dans le Centre-Ouest de la Côte d’Ivoire, a déjà multiplié les expériences dans plusieurs univers de la création. Actrice, costumière pendant cinq ans, entrepreneure avec sa marque Yedy Collection, elle s’aventure désormais derrière la caméra.
Son visage s’est notamment fait connaître du public à travers des productions audiovisuelles telles que « Charles Ornel », diffusée sur A+ Ivoire, et « Castes », sur NCI. Son travail d’interprétation lui a valu le Prix de la Meilleure Actrice du 7ᵉ Art aux Ivoire Talent d’Or 2025, une distinction qui est venue confirmer une ascension déjà engagée.
Mais pour Yedidia Adadoh, jouer les histoires des autres ne semble plus suffire. Son ambition est désormais de participer à leur naissance. Cette volonté se concrétise avec « Pile ou Face », son premier long-métrage, qu’elle porte à travers sa structure Eya Studio.
De l’interprétation à la création
Avec ce projet, l’artiste change de position. Elle devient à la fois scénariste, co-réalisatrice et productrice exécutive, aux côtés du réalisateur Boris Gobou. Le film s’inscrit dans le registre du thriller psychologique et plonge le spectateur dans une intrigue faite de secrets, de rivalités et de faux-semblants.
L’histoire prend naissance sur un plateau de tournage. Une actrice vedette est victime d’un empoisonnement alors que la production touche à sa fin. Une enquête est alors ouverte et conduit progressivement les protagonistes dans un univers où les apparences cachent des blessures anciennes et des secrets soigneusement enfouis.
À travers ce choix narratif, Yedidia Adadoh explore ainsi un univers qu’elle connaît de l’intérieur : celui du cinéma, de ses coulisses, de ses ambitions et de ses tensions.
Une artiste qui revendique sa polyvalence
Son parcours témoigne surtout d’une volonté de ne pas se laisser enfermer dans une seule identité artistique. Avant de devenir actrice, Yedidia Adadoh a évolué dans le domaine du costume et de la mode. Elle a ensuite développé Yedy Collection, confirmant une fibre entrepreneuriale qui accompagne son activité artistique.
Cette polyvalence est aujourd’hui au cœur de son positionnement. Elle entend maîtriser davantage les différentes étapes de la chaîne de création audiovisuelle, depuis l’écriture jusqu’à la production.
Dans un entretien publié début septembre, l’artiste résume cette ambition autour d’une idée simple : raconter ses propres histoires. Une démarche qui traduit aussi une évolution dans le rapport des jeunes créateurs africains à leur industrie : ne plus seulement être des interprètes, mais devenir également des auteurs et des producteurs de leurs propres récits.

« Pile ou Face », un nouveau test grandeur nature
Le passage derrière la caméra constitue toutefois un défi d’une autre dimension. Avec « Pile ou Face », Yedidia Adadoh ne se contente plus d’occuper l’écran : elle prend part aux choix artistiques, narratifs et économiques qui accompagnent la fabrication d’un long-métrage.
Le film est annoncé en avant-première le 24 septembre 2026 dans les salles du réseau Pathé à Abidjan, avant sa sortie en salles. Sa distribution réunit notamment Jeannyce Biyoghe, Wayidi Adéléké, Damien Anoma, Shayannah Acquah, Aiesha Goo, Nathan Oladapo, Ced Mbella, Riphât Freeman et Ishola Jocelyne.
Au-delà du parcours personnel de la jeune réalisatrice, cette production illustre également la volonté d’une nouvelle génération de professionnels ivoiriens de prendre davantage de place dans la fabrication des œuvres locales.
Un pari sur le cinéma ivoirien
Le parcours de Yedidia Adadoh raconte finalement plus qu’une reconversion. Il témoigne d’une génération d’artistes africains qui cherchent à élargir leur espace de création et à transformer leur visibilité en capacité de production.
Son défi sera désormais de confirmer derrière la caméra le potentiel déjà démontré devant celle-ci. Avec « Pile ou Face », l’actrice devenue réalisatrice joue donc une nouvelle partie. Cette fois, elle ne se contente plus d’incarner un personnage : elle écrit les règles du jeu, construit l’histoire et participe à sa mise en scène.
Le 24 septembre prochain, le public ivoirien découvrira si ce pari est à la hauteur des ambitions affichées. Une chose est déjà certaine : Yedidia Adadoh n’entend pas être seulement une actrice de plus dans le paysage audiovisuel ivoirien. Elle veut devenir une créatrice à part entière.



























