Plusieurs tradipraticiens méritants ont reçu des médailles d’honneur du travail en argent, vermeil et or, au nom du Président de la République Paul Biya. Les participants ont également reçu des attestations, dans une volonté affichée de professionnalisation et de structuration du secteur.
Le Cameroun appelle à mieux structurer le secteur
Au nom du Gouverneur du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, son Chef de Cabinet des Services, Pierre Marcel Bilé, a appelé les tradipraticiens à s’organiser, se recenser et se former.
« Organisez-vous, recensez-vous, formez-vous. Ouvrez vos savoirs à la recherche scientifique tout en protégeant vos connaissances. La collaboration avec la médecine conventionnelle n’est plus une option, c’est une nécessité », a-t-il déclaré.
Le message met en avant trois priorités : renforcer la recherche sur les pratiques traditionnelles, accélérer l’encadrement des médicaments traditionnels améliorés et favoriser une collaboration plus étroite avec le système de santé conventionnel.
Dr Nana défend une médecine complémentaire
Pour le Dr Nana, Président régional du Littoral de la Médecine Traditionnelle, la reconnaissance de cette médecine ne doit pas conduire à une opposition avec la médecine moderne.
Selon lui, la médecine traditionnelle constitue un savoir ancestral qui prend en compte l’être humain dans sa globalité. « Elle est comme la marmite de la maman pour le bébé. C’est un soutien direct », explique-t-il.
Le praticien estime que cette approche peut accompagner la prise en charge de plusieurs problèmes de santé, notamment certaines affections chroniques. Il cite entre autres le cancer, le diabète, l’hypertension ou encore certains problèmes liés à la vision.
Mais il insiste surtout sur la complémentarité entre les deux systèmes. Pour illustrer son propos, il prend l’exemple du paludisme aigu : « Si vous allez directement chez un tradipraticien, vous allez mourir », affirme-t-il, appelant les patients à privilégier la médecine conventionnelle dans les situations d’urgence.
Le tradipraticien peut ensuite intervenir dans une logique d’accompagnement et de récupération. Pour le Dr Nana, l’enjeu est donc de mieux encadrer les pratiques, de renforcer la formation et de permettre à la recherche scientifique d’évaluer leurs potentialités.

Des savoirs qui portent aussi une identité
Cette dimension culturelle était également présente avec le témoignage de Benondo Simbi Thomas, ingénieur et porte-parole de la communauté du Grand Nord.
« Nous avons tout dans la nature, mais on n’a pas su exploiter. Aujourd’hui, nous voulons relever ce défi », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « Nous sommes enracinés sur notre montagne. »
La Reine mère Coco Maffo, autre figure de cette journée, a également incarné cette dimension de transmission. Tradipraticienne et autorité traditionnelle, elle rappelle que le soin constitue aussi une responsabilité envers la communauté : garder, protéger et transmettre des savoirs qui participent à l’identité culturelle.
Son parcours, tout comme celui des autres récipiendaires, illustre ainsi le passage progressif d’une pratique communautaire à une reconnaissance institutionnelle.
Madame Adama, 55 ans de pratique
À 66 ans, Madame Adama, spécialisée dans les massages traditionnels, représente cette transmission intergénérationnelle. Elle pratique depuis l’âge de 11 ans et affirme avoir formé plus de 200 personnes.
Émue après avoir reçu son parchemin, elle résume son parcours : « J’ai beaucoup travaillé, beaucoup d’années. J’ai vieilli dans ce travail. »
Elle rejette par ailleurs les préjugés assimilant les pratiques traditionnelles à la sorcellerie : « Ce n’est pas de la sorcellerie. »
Un défi désormais africain
À Douala, le débat dépasse ainsi le cadre d’une simple célébration. Il renvoie à une problématique partagée par de nombreux pays africains : comment préserver les connaissances ancestrales, les soumettre à l’évaluation scientifique et les intégrer, lorsque cela est pertinent, dans les politiques de santé ?
Entre héritage culturel, recherche et réglementation, l’Afrique cherche désormais à transformer ses savoirs traditionnels en une ressource mieux organisée et mieux reconnue au service des populations.































